Samedi 14 février 2009 6 14 /02 /2009 11:35
Par Bifitaille - Communauté : photographe du dimanche
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Jeudi 12 février 2009 4 12 /02 /2009 11:31






Notre Père, qui êtes aux cieux,
Par-Donnez-Moi Mes Pêchers...

Je ne puis vous dire la jouissance que j'éprouve depuis quelques jours: à force de jouer au chat et la souris, il faut bien qu'à un moment les deux se rencontrent.
Non, je n'ai pas honte de parler de jouissance, intellectuelle et coeurpoérelle, pendant que mes frères et mes soeurs se font massacrer aux quatre coins de l'immonde.
Je sais, d'Or et des jas qu'ils sont saut vais.

Je me suis posée tant et temps de questions, sous la torture, et l'Oeil m'a donné les Repons au tréfond de moi-même.
Je sais, en ce mot ment, j'avance vite.
Y'avais pensé à un monde d'irréalité, celui dans lequel nous sommes comme des mouches, et Yahvé dit que la réalité, c'était le rêve.
Le cou n'était pas tombé trop loin de la giraffe!
Mai, de mieux en mi-eux.
Si nous étions des A-tomes, des volumes, enfermés dans un Grand Ordinateur?
Des électrons virtuels libres d'à lait où ils veulent, Craie Han leurs propres Mon De, et n'aître enfin?
En Faim, moi, ce que j'en dis...
Par Bifitaille - Communauté : La Sérénité dans la diversité
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Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /2009 18:54

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               















                                 Quoiqu'il vous en coûte, ne cessez jamais d'Aimer.
Aimez votre voisin, votre femme, vos enfants, ceux des autres, Aimez celui qui vous demande de l'aider dans la rue, Aimez votre ennemi le plus intime; en les Aimant,  vous les aimanterez, et vous Vous Aimerez.
Car, il faut s'aimer pour essaimer; il faut semer.
Les gens qui sèment récoltent du bonheur aux Champs d'Amour.
Si vous n'avez eu d'enfants de votre vivant, consolez-vous, en vous disant que c'était là desseins de la Paire.
Consolez-vous en A-portant cet Amour qui vous inonde aus petits de vos amis, à ceux que vous croisez dans la rue, envoyez par la pensée de votre coeur des baisers d'Amour.
N'ayez pas peur du ridicule: les innocents sentent vos effluves.
Si vous pouvez adopter, faites le, sans hésitation.
Aimez à perdre l'oraison, ne cessez jamais celà, c'est ce qui vous permettra de construire vos mondes à venir, vos terres de lumières.
N'ayez honte si vous fantasmez sur une belle-fille, un beau garçon.
Si L'on nous A doté d'yeux, c'est pour regarder la beauté.
Ayez les yeux pour voir comment vos restaurants sont beaux, vos femmes, vos filles, vos fils, vos garçons sont beaux, vos couleurs sont chaudes et duvetées.
Avez-vous remarqué comment, pris sous un certain angle photographique le sexe de la Femme vous regarde tel un oeil à qui rien n'échappe?
Aimez.
Totalement.
Entièrement.
De toutes vos forces et de toute votre âme.
Mais faîtes-le dans la Fusion d'Amour
Dans la Musique Céleste.
Vos actes vous suivent dans l'eau de là, plus vous donnerez de votre beauté, de votre bonté, de votre âme, plus encore vous recevrez dans vos mondes futurs.
Ne dites pas:après la mort...
Aprés l'Amor, se trouve la Vie.

Vôtre.








                              



A Bientôt, Enfants de Mon Coeur.
Vôtre.


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Par Bifitaille - Communauté : Photographes du Surnaturel
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Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /2009 18:53
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IL N'EST RIEN DE CACHE QUI NE SOIT REVELE

DANS LE LIVRE DE VIE, VOUS ETES TOUS MARQUES

 

 

 

 

A l'aube du non-dit le Verbe se fit chair et ce qui n'avait pas de Nom commença d'exister.

Il y eut les mots communs, désignant une catégorie bien déterminée.

Exemple: en citant "une casserole", l'on donna vie à un objet, le plaçant dans un contexte bien précis, l'enveloppant d'une consistance, d'un aspect particulier.

Désormais, une casserole ne serait jamais un poêle à mazout.

Puis il y eut la spécialisation : la casserole, cette casserole.

N'étant donc à nulle autre pareille, accédant presque à l'âme (une voiture particulière, surnommée Titine par son propriétaire sera unique, même si dix millions d'usagers donnent du "Titine" à leur véhicule).

 

De tous temps, les questions essentielles de l'Homme sont :

Qui suis-je ?

Où vais-je ?

Que fais-je ?

Autrement dit, quel est le sens de ma vie ? Quelle est la mission que l'On m'a attribué ?

Imaginons..... que des signes soient semés le long de notre parcours terrestre...

L'on entend souvent dire : "Untel porte un nom prédestiné".

En ce qui me concerne je ne crois pas aux coïncidences fortuites, ni même au hasard.

J'examine mon nom et m'interroge : quel est le sens caché de ma vie ?

Justifié-je celui-ci ?

Hoingne est mon nom (le premier "n" ne se prononçant pas, phonétiquement, cela donne "Hoigne").

Est-il déraisonnable de penser que, peut-être, dans "Hoingne" est Oint  ?

Il est de fait que, tel un onguent, je guéris brûlures, zonas, allergies diverses, mais aussi blessures de l'âme...

Dans une recherche spirituelle, il faut d'abord s'accepter avant de pouvoir vivre en harmonie avec les autres.

S'aimer avant que d'Aimer.

Dans mon cas, cela donne :

"Je t'aime, Hoingne, et mon nom est Témoin. Sens de ma vie trouvant sa justification dans mon vécu très chargé en observations multiples.

A l'inverse, péjorativement, si je t'hais, l'Hoingne, mon nom devient Légion et je me disperse, inutilement...

"Majuscule" me fait penser à "magique".

Les prénoms seraient donc complémentaires et fourniraient d'autres indications sur le sens de la vie.

Sur mes trois prénoms (je suis riche dans ma pauvreté !) cela rendrait :

a) Patrick Hoingne, soit en gardant l'essentiel, la majuscule et le

   nom: P. Hoingne, poigne.

   Il est vrai que je suis homme à poigne.

b) Christian Hoingne, coigne, coin : on est toujours le coin de quelque

   chose, ou de quelqu'un ; une pierre angulaire.

c) Joseph Hoingne, soit joigne.

   J'ai très souvent servi de ciment entre plusieurs personnes...

 

Et ne pourrait-on extrapoler, par intuition, jusqu'au sens de patrimoine ?

Malgré mes incessantes révoltes, je possède beaucoup d'aspects conservateurs...

 

Il est amusant de prendre des noms tels Delors, Ministre des Finances, Nobel (pas beau, inventeur de la dynamite), Mitterand (mythe errant), le seul Président à cumuler deux mandats d'affilée, Patrick Tambay (temps B), éternel Poulidor de la Formule 1, Veill, Ministre de la Santé, Puech, Ministre de la Pêche, etc. etc.

Simple hasard ?

Indications célestes ?

Si je continue sur cette voie, je vais terminer mes jours en H.P.

Peut-on croire qu'en changeant de nom (pseudonyme, mariage ou autre manière) on change aussi de destinée ?

En tous cas, ne suivez pas trop mes hasardeuses supputations : vous risqueriez de l'avoir dans « l'oigne. »

 

       P.S.  Ce texte là, il me semble inutile de le signer !

 

Par Bifitaille - Communauté : Franc-Maçonnerie&Spiritualité
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Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /2009 18:53







L'OTAGE

 

 

 

10 JUIN 1994

La stridence du téléphone le tira en sursaut de l'assoupissement torpide et réparateur dans lequel il venait à peine de sombrer ; des miasmes de somnolence encore accrochés à son crâne où dansait la fatigue de la veille, l'esprit embrumé et les jambes cotonneuses, il chercha le commutateur à tâtons.

Il étouffa un juron en se cognant, comme à l'accoutumée le genou droit à l'angle émoussé de la table basse.

"Je finirai par développer un bon épanchement de synovie", pensa-t-il, et cette idée cocasse le ragaillardit. Car "bon" n'était pas vraiment le terme approprié.

Il décrocha le combiné : "A trois heures du mat', qui peut donc... ?"

Son interlocutrice à la voix avinée le retint près de trois-quarts d'heure ; le temps lui paraissait long : demain, non, plutôt tout à l'heure, une dure journée l'attendait. Il lui semblait que quelques minutes de plus grappillées à sommeiller lui seraient bénéfiques, mais il ne savait comment se dépêtrer de l'importune sans la vexer et, son charisme aidant, il répondit à sa manière à cet

appel au secours nocturne.

 Bien sûr, qu'il comprenait le dilemme. Lui non plus, n'avait-il pas? Enfin, elle raccrocha et il en éprouva un certain soulagement.

Dire qu'un soir de "blues", de détresse due à une trop grande solitude, il avait communié avec CA, d'esprit d'abord, de corps ensuite. Il fallait vraiment qu'il

soit bien malade.

Et il commença à regretter de s'être livré en compagnie de cette maritorne à d'inutiles ébats.

"Je te comprends mieux, maintenant", lui avait-elle assené avant de couper le contact.

Hé bien, quelle chance elle possédait, quelle clairvoyance !

Lui qui disait ironiquement : "Je suis la personne que je fréquente le plus au monde" s'échappait à longueur de temps.

Il se recoucha, tirant rageusement les couvertures sur son menton. Et la rengaine resurgit, le prenant au dépourvu, obsédant sa cervelle par tous ses neurones.

Le front moite, il essaya de stopper vainement ce marmonnement : mmm, mmm.

Il s'endormit avec et , quand le réveil lança sa note stridente, sa modulation lancinante, la même mélopée, sourde et capiteuse, cognait dans sa tête lourde.

 

 

20 MARS 1975

Il demeurait debout, tout penaud, tremblant, vêtu seulement de ses chaussettes, sa flèche de chair tendue semblant indiquer son nombril. Il observait, mal à l'aise, d'un œil plongeant et presque retors sa première conquête, attendant lascivement qu'il se décide enfin.

Son regard s'attarda sur la vulve gonflée, ressemblant à deux petites fesses et il en conçut du dégoût bien que son excitation demeurât. Puceau encore, il ne savait trop quoi faire et les pensées les plus bizarres s'entrechoquaient sous son crâne en déroute.

Elle dut sentir son trouble, et lui dit simplement : "Viens".

Alors, in plongea.

Avec la sensation de se noyer.

Ils passèrent la nuit à faire l'amour, lui continuellement tendu, toujours dur, véritable machine à pistons, sans âme et sans plaisir.

"Ce n'est donc que cela ?", pensa-t-il, déçu.

L'on a coutume de dire que le premier amour ne s'oublie jamais. Pourtant, le lendemain, il congédia sa partenaire d'un soir et, dans les jours qui suivirent, sitôt qu'il l'apercevait se rendant dans sa direction, il changeait de trottoir.

Il oublia rapidement jusqu'à son prénom.

 

 

ANNEE 1996

Cette année là, il tomba successivement amoureux de trois femmes de son âge : une journaliste, une avocate et une informaticienne avec qui il avait noué des relations d'ordre intellectuel relatives à son militantisme sans concession.

C'était plus fort que lui : une personne du sexe opposé ne pouvait lui montrer de l'intérêt sans qu'il l'aimât. Et ce, quel que soit son physique. De nature timide, il osa pourtant, un jour où sa solitude le rongeait trop, faire comprendre à l'une d'entre elles qu'il désirait aller plus loin. Ce à quoi elle rétorqua qu'elle le respectait trop pour cela.

Alors quoi ?

L'amour, c'était marcher sur l'autre, l'écraser, le phagocyter, le cannibaliser ? Décidément, il ne comprendrait jamais rien aux femmes.

Quoiqu'il eût pour excuse que personne ne lui apprit jamais rien sur ce sujet épineux.

 

 

ANNEE 1976. FIN DE L'ANNEE 1975

Il aurait voulu se faire prêtre, jurer voeu de chasteté. Mais il savait bien que ce désir provenait d'une impasse, d'un mal-être. Et cette fuite en avant ne s'arrangerait pas de sa conception d'un Dieu envers lequel il désirait rester honnête, sans s'y réfugier à cause de ses problèmes existentiels. 
Que faire ? Se châtrer, se castrer, ne plus posséder entre les cuisses cette proéminence obscène qu'il ne supportait plus, qui menait à toutes les vilenies, toutes les veuleries ?

Une formidable envie le prenait parfois de couper ce bout de chair sacrilège et de le poser là où était sa place : au beau milieu de la benne à ordures.

 

 

26 DECEMBRE 1996

Il n'en pouvait plus. La psalmodie réitérée des milliers de fois se vrillait à ses tympans, sourdant de ses tréfonds les plus intimes.

Il décida que la quête avait assez duré et qu'il lui fallait enfin décrocher l'inaccessible Grâal.

A force de rabâcher, il sentit qu'il deviendrait fou. Alors qu'il possédait la clef, la thérapie qui lui permettrait d'exorciser ses démons.
Les paroles cadencées, monotones, resurgirent sous son crâne et il poussa un hurlement de bête traquée, blessée. Il réalisa encore que sa maladie ne pouvait plus s'éterniser, ferma ses volets, la porte de l'appartement et prit le métropolitain pour se rendre Gare du Nord.

A destination de Dreux.

 

14 AVRIL 1979

Il travaillait dans cette chaîne thermale depuis deux mois lorsqu'il la vit. Les curistes venaient passer un séjour de vingt et un jours pour se remettre en forme, soigner leur arthrose ou leurs courbatures.

Dans les sous-sols, une nuée de masseurs-kinésithérapeutes s'activait,

surveillant les bains de boue, réglant le débit des douches revigorantes, pétrissant, malaxant, triturant des tas de chairs molles ou fermes, jeunes ou vieilles, agréables ou rebutantes.

Rien ne manquait au plaisir des curistes : une armée de serveurs stylés (dont il faisait partie), un bataillon de femmes de chambre affairées, une cohorte de filles d'étage, une myriade de lingères prêtes à raccommoder le moindre accroc, d'agréables et vastes jardins à la française, de spacieuses salles habillées de chauds lambris, aux murs desquelles s'appuyait nonchalamment quelque toile de maître, un petit bar feutré et intimiste, un immense salon d'honneur, l'homme aux clefs d'or veillant à ce que chaque pensionnaire récupère l'accès à sa chambre quand il le désirait, bref un palace au style alambiqué, au charme quelque peu désuet.

Christian, disais-je donc (pardonnez-moi cette digression) s'intéressa d'emblée à cette nouvelle venue, bien plus âgée que lui.

De tout temps, il avait recherché la compagnie de femmes mûres, portant facilement la maturité de sa mère.

Mais, timide et maladroit, il ne savait comment engager la conversation avec cette belle brune qui possédait des airs de Brigitte Bardot dans sa quarantaine épanouie.

Le hasard lui vint en aide : un couple de clients avec lequel il avait sympathisé connaissait l'objet de sa flamme et, quand il leur livra ses envies, ils servirent bien volontiers d'entremetteurs ; ils organisèrent une soirée dans un night-club du coin et les présentèrent l'un à l'autre.

L'affaire fut rondement menée : trois jours plus tard, ils couchaient ensemble.
Pierrette apporta, avant son cadeau d'apothéose, quelque chose de plus à Christian : une infinie tendresse dans leurs relations, une écoute attentive, une compréhension perspicace...

La veille du dernier jour de cure, alors qu'ils faisaient l'amour, elle se redressa et lui dit gentiment : " Je ne te comprends pas. Il y a quelque chose qui cloche en toi (elle lui tapota doucement le crâne).

Si je te laissais faire, tu continuerais toute la nuit, alors que tu ne jouis pas..."

Et devant son air éberlué : "Oui, tu ne jouis pas. Une femme qui aime ressent ces choses là. Personne ne t'en a fait la remarque ? Pauvre petit ! Alors, on ne t'a jamais convenablement aimé!".

Le cœur au bord des lèvres, il se blottit dans les bras de sa maîtresse et une vieille digue enfouie dans son cerveau, un mur de honte et de retenue creva soudain, sans qu'il sût expliquer les mystérieux ressorts qui venaient subitement de se détendre.

Pour la première fois de sa vie, cette nuit là, il éjacula, se libérant en cascades, l'esprit soudain plus chaud, envahi de reconnaissance envers cette femme qui le libérait de mystérieux démons.

Pierrette sentit enfin jaillir cette jouissance dont elle ne comprenait pas l'inexplicable absence des premiers jours et l'enveloppa d'un regard chaleureux.

Elle lui serra par deux fois les poignets, brièvement, et il comprit qu'elle avait perçu l'épanchement de son plaisir.

 

 

1956 A 1962

Son père, militaire de carrière, combattant en Indochine puis en Algérie

l'avait mis en garde chez une nourrice, une marâtre acariâtre qui ne pouvait pas le sentir. Autant s'occupait-elle consciencieusement de sa marmaille, autant ce petit étranger qu'elle ne considérait qu'en qualité de gagne-pain lui était insupportable.

Le père envoyait des mandats pour l'anniversaire, la fête, à Pâques et à Noël.  Ces subsides servaient à payer quelques jouets à ses rejetons, ses propres mômes, et Christian n'avait pas le droit d'y toucher.

Parfois elle demandait quelque argent supplémentaire, qu'il soit malade ou pas, sous prétexte d'acheter des médicaments dont on ne voyait jamais la couleur.

L'enfant devint le souffre-douleur et la mauvaise femme prit coutume de l'envoyer faire ses besoins nu, en plein hiver, au fond du jardin.

Quand son père vint le récupérer, il s'étonna de trouver un gamin malingre, hâve, taciturne, introverti, et nanti d'un asthme superbe au dernier degré, qui ne devait le quitter qu'à la puberté. Le géniteur ne reconnut plus que l'ombre de son fils, ce qui explique peut-être, en partie, son comportement ultérieur.

 

 

26 DECEMBRE 1996, 15 HEURES

Il sortit de la gare inquiet et le cerveau en feu. Les idées s'y carambolaient de manière anarchique.

Il jeta un regard atone sur cette ville qu'il ne connaissait pas et chercha à s'orienter, impatient et pourtant anxieux de trouver le bon panneau indicateur.

Il ne désirait rien demander à personne, pas le moindre renseignement qui puisse lui permettre de se repérer ; l'affaire qui le menait là le concernait trop intimement et il ne pouvait la partager avec quiconque, même en demandant simplement sa route.

Voilà quarante ans qu'il courait après cet instant, bien que le rejetant parfois de peur de découvrir un élément nouveau qui le blesserait encore plus.

Il erra un moment dans les rues ensoleillées et son regard accrocha enfin l'indice qu'il espérait. La démarche pesante, il prit la bonne direction, saisi de sentiments contradictoires : joyeux, et presque à contrecœur.                   

La ritournelle, de nouveau, transperça son esprit.

Il avait rendez-vous avec son passé.

 

 

1962 A 1972

Les retrouvailles avec son père ne se passèrent pas exactement comme il l'escomptait : Bernard, froid et distant, semblait rejeter sur lui une faute à jamais celée, impardonnable, comme s'il en eût été responsable. Christian surprit plus d'une fois son paternel criblant de trous d'aiguille l'endroit sur les photographies où il apparaissait ou découpant son visage de coups de ciseaux rageurs.

Leurs rapports empirèrent et l'enfant se replia un peu plus dans sa coquille.

Souvent, dans des accès de fureur incontrôlable, son père l'insultait :

-"Tu n'es pas mon fils. Tu ne l'as jamais été. Tu n'es rien, et tu ne vaux rien".

L'enfant encaissait stoïquement, sans rien dire, semblant indifférent en apparence alors que son cœur saignait de tant de cruauté gratuite, ce qui mettait Bernard encore plus en colère.

Ce dernier se remaria avec une femme qui avait déjà un enfant de premier lit et qui lui donna, en neuf ans, quatre filles et un garçon à la chevelure ensoleillée.

Privé d'amour, humilié incessamment de brimades mesquines, réduit au rôle de larbin qu'il assumait sans un soupir, Christian attendait avec une impatience cachée sa majorité pour enfin sortir de cet enfer.
Malgré ses poumons en feu, ses difficultés telles à respirer qu'il passait des nuits dans son lit à faire des pompes pour entrer un peu de cet air qui lui manquait cruellement, il devait laver le plancher à quatre pattes, porter les cabas à provisions plus lourds que lui jusqu'au troisième étage, dresser la table, faire la vaisselle, changer ses sœurs et mille autres tâches domestiques.
Un jour, par cruauté mentale, Bernard l'emmena visiter une malade dans un hôpital de Bergerac : elle était vieille et fripée, gâteuse, le visage strié de veinules rouges trahissant son goût immodéré pour l'alcool, chose hors d'usage et rabougrie comme une pomme oubliée sous l'arbre lors de la cueillette. 
Puis il lui avait dit, un rictus sardonique aux lèvres et un trismus tordant sa mâchoire : "Allons, regarde-la bien, embrasse-la donc ;

C'est ta VRAIE mère".

Le soir même Christian avait ouvert la fenêtre de sa chambre et il se serait jeté dans le vide si une poigne solide ne l'avait retenu in-extremis.

C'était l'année de ses dix ans.

Quelque temps après, son père l'avait exhorté à sortir. Mais, cassé autant physiquement que psychiquement, Christian ne réagit pas, effrayé du monde, tenaillé d'une peur bleue.

Devant les ordres réitérés de Bernard qui se faisait menaçant, il s'était exécuté et sitôt dehors avait couru se réfugier dans une cave pour pleurer tout son saoul. Son père, l'observant par la fenêtre, vint l'y déloger, le fit monter dans la voiture et le laissa en pleine forêt, à quinze kilomètres de là : "Puisque tu ne veux pas sortir, tu seras bien obligé de rentrer. Ca te fera du bien de marcher, de voir du pays".

Perdu au milieu des bois, avec une fantastique envie de se coucher là et de se laisser mourir, à bout, Christian pensa que Bernard serait bien embêté pour expliquer la présence de son cadavre dans cet endroit perdu. Puis l'instinct de conservation reprenant le dessus, il se mit en marche et rejoignit le domicile familial à la nuit tombante.

Nul ne semblait s'être inquiété de son absence.

 

 

26 DECEMBRE 1996, SEIZE HEURES QUARANTE-CINQ

Il atteignit enfin le but de son pèlerinage.

Pour trouver les grilles fermées.

Déçu et soulagé à la fois, il rebroussa chemin en quête d'un hôtel qu'il dénicha rapidement. Il téléphona aussitôt à ses amies avocate, informaticienne et journaliste pour leur expliquer le résultat négatif de ses démarches.

Un appel au secours ; une demande d'encouragement.

Aucune n'était là ; il laissa un message sur leur répondeur, avec ses coordonnées.
Puis il entreprit méthodiquement de se saouler. Pour se vider l'esprit.
Oublier jusqu’au lendemain.

Etre si proche, et pratiquement si loin ! ......

 

 

1970 A 1972

Il grandissait, de plus en plus ténébreux, sans aucun ami : il rebutait les gens les mieux intentionnés à son égard par son aspect rébarbatif, son manque de chaleur et de communication, penché sur ses ténèbres intérieures. Il se méfiait de tout le monde, toujours sur la défensive, n'avait confiance en personne.

La sœur la plus proche de lui, de cinq ans sa cadette, lui montrant quelque sollicitude, quelque affection, quelque compréhension et compassion, il en vint à en tomber amoureux. Progressivement. Jusqu'à l'obsession.

Ignorant des choses du sexe bien qu'on en parlât suffisamment dans les cours de  récréation, sa libido commençait à le tracasser. Trop amoindri (à force de lui ânonner que c'était un bon à rien, il avait fini par le croire) pour flirter avec les jeunes filles déjà provocantes de son école, il ne put s'empêcher d'éprouver une pulsion sexuelle envers sa jeune sœur. La proximité engendre parfois ce genre de situation.

Mais quelque part au fond de lui, il sentait ce désir sale, coupable, tabou.
Et il coula plus profondément dans ses abîmes.

 

 

27 DECEMBRE 1996, 8 HEURES

Il se réveilla la gorge pâteuse, se débarbouilla rapidement et descendit prendre un petit déjeuner.

Trois messages l'attendaient à la réception, qui lui mirent du baume au cœur. Il se sentit moins seul.

A l'hôtelier qui lui demandait s'il reviendrait le soir, il répondit qu'il n'en savait diablement rien et paya ce qu'il devait. Puis il reprit la route de la veille, cette terrible voie vers laquelle il cheminait depuis trop longtemps.

Un frisson lui courant dans le dos, il franchit les portes du cimetière où il ne trouva nul gardien, et chercha d'une tombe à l'autre, au hasard, s'attardant ici, décryptant difficilement là des inscriptions érodées.

Errant tel un fantôme décharné et sinistre dans ces lieux de solitude, il ne vit pas ce qu'il quémandait de toutes ses forces et, le gardien toujours absent (à quoi sert-il de surveiller les morts ?  pensa-t-il, lugubre, qui pourrait les voler ?) il s'éloigna.

Le cœur gros, il repartit, décidant de repasser dans l'après-midi.
Tant qu'il en avait le courage.

 

 

23 AVRIL 1975

La majorité, à l'époque, ne s'obtenait qu'à vingt et un ans révolus. Il avait  donc devancé l’appel pour s’émanciper plus vite.

Il y avait dix mois qu'il officiait sous les drapeaux et bientôt trois ans que, secouant enfin le tyrannique joug paternel, il avait claqué la porte après une mémorable bagarre avec Bernard dont il avait cessé de craindre l'effrayant ascendant.
Il était parti vivre sa vie, s’oxygéner enfin.

Il fut étonné quand le colonel le fit mander dans son bureau, n'ayant rien à se reprocher.
Le brave homme (car il en est même dans l'armée) paraissait gêné. Il lui parla pourtant sans ambages : "Mon garçon, si vous voulez vous faire réformer, en qualité de soutien de famille, sachez que je ne m'y oppose pas".

Et il lui tendit une lettre décachetée. La censure militaire, bien sûr !

Christian salua, rompit, et se dit, indifférent, que son père devait venir de décéder, probablement d'un excès de fiel. Il pensa aussi que quitter l'armée à un mois et demi de la "quille" serait ridicule. D'autant plus que ce maudit asthme lui était enfin passé et qu'il se trouvait maintenant en pleine forme.
Il se rendit dans sa chambrée et lut la missive ; elle émanait de sa belle-mère.

"Mon chéri"

(Il songea que c'était la première fois qu'elle l'appelait ainsi, usant de ce diminutif qui sonnait incongrûment. Cela devait cacher quelque chose).

"Nous avons récemment surpris ton père" (et non pas "mon mari") en train de faire des insanités que la morale réprouve avec ma fille qui, tu le sais, est encore mineure.
J'ai aussitôt porté plainte, et les gendarmes sont venus le quérir.
Après auditions et confrontations, il appert que le mal est bien plus grand ; il s'avère que Bernard a aussi violé deux de tes soeurs et a pratiqué des attouchements localisés sur les deux autres.

Dieu sait depuis quand ça dure ?

Il est aujourd'hui incarcéré à Fleury-Mérogis.

Reviens-nous bien vite, tu nous manques.

Nous t'aimons".

 

Effondré, Christian jeta le feuillet comme s'il l'avait brûlé ; la bile aux lèvres, il se demanda si l'hérédité ne jouait pas. N'avait-il pas, lui-même, été épris de l'une de ses sœurs, secrètement, sans toutefois passer à l'acte ?  Bizarrement, il lui vint l'idée saugrenue que son père l'était plus envers lui que pour ses demi-sœurs (quelle idiotie de les couper en deux !). Peut-être parce qu'il était l'aîné.

Puis il se remémora quelques détails : les récits de Bernard en Indochine, les narrations de Bernard en Algérie, où lui et ses hommes violaient femmes et enfants, sans discernement, s'attaquant aux chèvres quand ils ne trouvaient personne dans les villages qu'ils pillaient et incendiaient.

Des hommes ? Non, plus des hommes, des bêtes dépravées, se laissant aller à  assouvir leurs plus noirs instincts sous couvert d'immunité guerrière !

Il se souvint aussi du jour où son père, le prenant à partie, lui avait dit crûment : "Baise Viviane" (la fille du premier mariage de sa belle-mère), "mais baise-là donc ! C'est une petite salope qui adore se faire bourrer par de gros membres dans les caves du quartier".

Christian n'avait vu là qu'un dérèglement passager, un de plus, que des paroles d'ivrogne. Il pensait maintenant que c'étaient les prémices de cette folie qui venaient de détruire sa famille; il se sentait coupable de n'avoir vu cette déviance et de ne pas l'avoir écartée à temps de ses cadettes, en aîné responsable.

Des envies de meurtre le prirent, et les choses du sexe lui parurent soudain méprisables, dégoûtantes. Il eût voulu s'arracher sur l'heure le membre, en sacrifice expiatoire.

Complètement chamboulé, dans les relations amoureuses qu'il eut par la suite, il ne prit aucun plaisir ; son corps refusait inconsciemment ce nirvana, comme pour s'auto-flageller, se punir d'un manque de discernement coupable.
Christian termina son temps, redescendit auprès de sa famille, se disputa violemment deux jours après avec sa belle-mère et quitta sur un coup de tête (l'on peut supposer que, connaissant désormais le goût de la liberté, il ne voulut la perdre) le domicile familial.

 

Empli de remords et de regrets de ne pas avoir été là quand elles avaient le plus besoin de lui, il ne devait retrouver ses sœurs que treize ans plus tard.

 

27 DECEMBRE, QUATORZE HEURES

Il marche. La tête vide et vaporeuse.

Il arrive au cimetière, comme dans un rêve, s'adresse au gardien.

- "Vous avez dit Denise Simone Mouchet ?

Je ne la trouve pas dans mes registres.

Vous êtes sûr qu’elle est enterrée ici ?

Il y a combien de temps qu'elle est décédée ?  Onze ans ?

Oui, c'est cela : la concession n'a pas été renouvelée.

Ses ossements ont été brûlés".

 

Il sait qu'il ne la retrouvera jamais, cette mère qu'il n'a pas connu, à laquelle son père l'a arraché, la soupçonnant d'adultère. Ce qui explique bien des choses : d'abord obtenir la garde de l'enfant, pour punir la fautive, ensuite le haïr, cet enfant, l'ayant perpétuellement sous les yeux.

Que tout cela est bête, ridicule !

Quand il voit son père, Christian a la sensation de se regarder dans un miroir : même bouche, même nez, même calvitie naissante... A l'âge adulte Christian est le portrait juré de son géniteur, ressemblance qu'il ne prise d'ailleurs pas car, au fond de lui, il se sent si différent.

Quel gâchis ! Et sa mère, sa pauvre mère qui l'avait cherché elle aussi, comme une folle, à qui l'on répondait sans cesse qu'il se trouvait en pension, très loin, ainsi qu'il l'apprit plus tard.

Pas une photo à laquelle se raccrocher. Pas une tombe.

Rien.

Christian s'éloigne et les larmes trop longtemps contenues tombent en cascades sur son visage pâle. Il ne les essuie pas : il s'en fout. Les passants, étonnés de ce grand diable dégingandé qui pleure, le dévisagent.
Il s'en fout.

Il se moque de tout, de lui-même.

Il devait s'en douter : il a trop attendu.

Sa recherche se termine, la quête s'achève sans rien lui apporter de plus.

Mais en es-tu bien sûr, Christian ?

Crois-tu que ton chemin de croix va s'arrêter là ?

Que le mauvais sort lâche ainsi ceux dont il s'amuse ?

C'est bien mal connaître l'âme humaine et ses ressorts.

Attend un peu, Christian.

Attends encore un peu.

Juste un peu.

Quelques longues années de plus.

 

 

28 DECEMBRE 1996 A CE JOUR

Christian songe : ses sœurs, dépassant leur handicap et leur traumatisme, se sont toutes mariées, accouchant de beaux enfants (lui n'a que ceux des autres).

Bien sûr, il reste des séquelles : elles visualisent avec acuité quiconque prend leurs filles sur les genoux, serait-ce même le mari. Suspicieuses.
Comme si elles redoutaient perpétuellement que ce qui  est arrivé dans leur enfance se reproduise. L'époux, lui-même, s'aperçoit parfois de leur regard réprobateur, quasi-accusateur, et n'ose se laisser aller à des démonstrations de tendresse innocentes et paternelles. Cela gâche un peu les rapports, mais c'est le prix à payer.

Voilà trois ans que Christian n'a pas touché une femme, senti un corps vibrer contre le sien. Il sait maintenant qu'il finira vieux garçon. Un relent de ses anciens complexes ou réflexes de culpabilité doit encore habiter son âme.

Il ne trouvera jamais la paix.

Pour le moment, il examine des documents ; il est retourné à Dreux, à l'état-civil, et connaît maintenant le nom et l'adresse (peut-être aujourd'hui obsolète) des deux maris successifs de sa mère, après le divorce d'avec Bernard.

La guichetière à qui il s'est adressé, présentant sa requête, lui a affirmé bien se rappeler de Denise Simone Mouchet, sans toutefois pouvoir la décrire.

Mais elle est sûre, oh ! oui, sûre, que cette dame avait plusieurs enfants.

Christian se retrouve donc avec de nombreux frères et sœurs (ou demi) qui rentrent dans sa vie sans crier gare !

 

Il ne sait pas encore s'il cherchera à les contacter pour enfin posséder ne serait-ce qu'une image. Presque une absolution.

A quoi bon ?

Ou ils ne savent pas qu'il existe, et pourquoi donc arriver avec ses grands sabots en claironnant : «Coucou, c'est encore moi»

Ou bien alors, ils connaissent son existence.

Après tant de temps, s'ils ne l'ont pas contacté, c'est qu'il ne les intéresse pas, pas plus que ne les intéressent ses problèmes existentiels.

La rengaine qui courait si souvent dans sa tête n'apparaît plus qu'à intervalles irréguliers.

Il se prend encore à chantonner, comme autrefois, le refrain monotone qui le persécuta si longtemps, cette prière jaculatoire : "Maman, oh ! maman... "

Dans un assaut soudain de clairvoyance, Christian se rend compte qu'il restera à jamais prisonnier de son passé, possédant un jeu de clés truqué.

Jusqu'à la fin de sa vie, il demeurera son propre otage.

Et il s'endort, sans envie, sans rêves et sans espoir. 

 

 

Par Bifitaille
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